SOCIÉTÉ D'ÉTUDES BENJAMIN FONDANE

Lire lentement N° 29

Lire Fondane entre les lignes et sous les pseudonymes

Aurélien Demars

Dans un monde d’affairement frénétique et de tyrannie de l’efficace, la lenteur semble trahir une faiblesse, si ce n’est une paresse, une certaine frivolité, voire une lâcheté – pour ne pas dire un vice. Plus fondamentalement, elle stigmatise l’antique symptôme de l’acédie, ce péché d’indolence spirituelle. Langueur de l’âme et faiblesse de la volonté, elle désigne le plus grave des péchés capitaux, comme le blâme Jean Climaque.1 Sentiment d’être abandonné métaphysiquement, l’acédie exprime l’« absence de Dieu » autant que du diable, aux dires de Fondane.2 Dès lors, si lire ne relève pas déjà particulièrement de la vita activa, de surcroît lire lentement, n’est-ce pas musarder négligemment entre les pages, procrastiner la lecture elle-même, traiter le texte avec nonchalance ? Pourtant, la lecture lente n’est pas sans vertu selon Fondane, comme en témoigne sa citation de Gide en exergue à l’« Éclaircissement » au Reniement de Pierre : « Je lis comme je voudrais qu’on me lise : c’est-à-dire très lentement ».3 Fondane prolonge cette idée dans un article de 1921, repris dans Images et livres de France : « Le masque d’André Gide », précédé d’une autre citation gidienne en exergue :

 « Qui veut se promener, qu’il me suive ! Mais vers quoi guiderais-je les autres ? moi qui ne sais pas où je vais ? »4

Les premiers livres de Gide que j’ai lus ont été les deux volumes de Prétextes. Et aujourd’hui encore, je m’en réjouis. J’y ai appris une discipline. J’ai appris à estimer Gide, à le craindre, à l’aimer. Trois sentiments qui peuvent créer un lecteur – un lecteur tel que le souhaitait Gide – de ceux qui lisent lentement.5

Ici, il n’est peut-être pas seulement question de la « lente lecture » du philologue et de sa patiente connaissance approfondie que défend Nietzsche.6 Effectivement, dans le passage cité, Gide insistait sur une lecture non déterminée par la résolution d’une énigme, non orientée vers les profondeurs exégétiques d’une rationalisation du sens. Il s’agit davantage de promenade, de vagabondage à travers les textes, anticipant, mutatis mutandis, ce que Fondane trouvera ultérieurement chez Chestov avec l’idée de « pérégrination à travers les âmes »7 et leurs errances. Voici le passage de Gide auquel se réfère Fondane :

J’ai l’esprit occupé d’un autre livre, des Promenades littéraires de Gourmont. Un de ces livres, précisément, par quoi le lecteur prend conscience de son âge, sur quoi l’on peut s’entendre – ou différer ; un de ces livres, enfin, que chaque lettré devrait lire. J’y ai mis quinze jours et n’y ai pas perdu mon temps. Je lis comme je voudrais qu’on me lise, c’est-à-dire très lentement ; lire un auteur n’est pas pour moi seulement prendre connaissance de ce qu’il dit, c’est m’absenter, voyager en sa compagnie. Avec Gourmont, comme déjà son titre y invite, on se promène, on marche en devisant ; il ne semble point tant qu’il monologue, mais plutôt qu’il invite à causer.8

Lire lentement permet donc, d’une part, de penser par dissociation des idées9, autrement dit de se soustraire aux associationstoutesfaites d’idées convenues et de se donner de nouvelles associations originales, mais aussi, d’autre part, de « s’absenter », comme l’affirme Gide.

Appliquée aux textes présentés infra, la lecture lente ne sera donc pas seulement à prendre comme principe d’élucidation, comme pouvait encore le suggérer le post-symbolisme du Reniement de Pierre : elle envisagera l’absence dont parle Gide moins comme méthode que comme problème : pourquoi, comment et jusqu’où la disparition de soi pourrait-elle faire œuvre d’herméneutique ? Et pour lire quelle leçon existentielle qui n’aurait rien de nonchalant ?

L’énigme de l’auteur

Le corpus qui nous intéresse se compose d’un ensemble de textes brefs, non répertoriés dans la bibliographie de Fondane,10 et pour cause : aucun d’entre eux ne porte le nom de Fundoianu, mais tous sont énigmatiquement signés soit d’initiales, soit d’abréviation, soit d’un pseudonyme, c’est pourquoi se pose la question de leur auteur. Ces articles sont parus dans la revue Hasmonaea (du nom des Hasmonéens – cette dynastie, fondée par les Maccabées, régna à Jérusalem au IIe siècle, et lutta pour la préservation du judaïsme traditionnel face à l’hellénisme). Deux courants juifs s’opposent alors dans la Grande Roumanie : d’un côté l’Asociaţia Generală a Studenţilor Evrei (Association générale des étudiants juifs), éditrice de la revue Studentul Evreu (L’Étudiant juif) regroupant les progressistes et partisans de l’assimilation, et de l’autre, l’association Hasmonaea, éditrice de la revue éponyme, regroupant les étudiants sionistes semi-assimilationnistes, défenseurs de la tradition juive.11 On y trouve notamment la figure tutélaire pour le jeune Fondane de A. L. Zissu.12 C’est donc dans cette revue Hasmonaea, en mars 1922, sous la même rubrique « Miscellanea » (« Miscellanées »), qu’après un article consacré à l’installation d’Achaad Haam en Palestine,13 se trouvent les textes suivants :

- L. B. W., « Epiloguri lugubre » [« Épilogues lugubres »], Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 59-60.
- B. W., « Cei cari au căzut… “în luptă” » [« Ceux qui sont tombés… “au combat” »], Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 60.
- Wlr., « Industria antisemitismului » [« L’industrie de l’antisémitisme »], Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 60-62.
- M., « Plecarea doctorului Brezis » [« Le départ du Docteur Brezis », Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 62-63.
- Magister, « Reînvie antisemitismul studenţesc ? » [« L’antisémitisme étudiant revit-il ? »], Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 63.
- F., « O veste tristă » [« Une triste nouvelle »], Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 63.

Fundoianu-Wechsler pourrait bien se dissimuler sous ces pseudonymes. En effet, ne va-t-il pas collaborer durablement à la revue Hasmonaea, à partir de juin 1922, avec une traduction de la pièce yiddish Dibbouk (ou Dybuk en roumain) de Shalom An-Ski (la publication s’étend de 1922 à 1923, sur douze numéros) ?14 Cette série de publications est signée « B. Wechsler », mais nous lisons « L. B. W. » en signature de la douzième et dernière traduction de la fin du Dibbouk. Hasmonaea publie également sa traduction de Chaim N. Bialik, Lumină,15 sans compter, ultérieurement (jusqu’en 1924) des participations signées B. Wechsler, ou We.16 En outre, la revue Hasmonaea a publié des articles signés « L. B. Wechsler ».17 Et dans ce numéro de mars 1922, les autres collaborateurs ne correspondent pas aux initiales L. B. W. ou B. W. Antérieurement à ce numéro, une traduction d’Ivan Goll est signée « L. Bernhard Wechsler ».18 Étant donné la proximité de Fondane avec Goll,19 s’agirait-il encore d’un pseudonyme (en réalité, Bernhard Wechsler est le nom d’un illustre rabbin d’Oldenbourg mort en 1875) ? Du moins, dans le numéro de mars 1922, il n’y a que des initiales identiques à celles que le lecteur d’Hasmonaea trouvera en signature de la traduction du Dibbouk.
Il convient de rester prudent, mais par conséquent L. B. W., B. W. et B. Wechsler sembleraient dissimuler Fondane, c’est d’autant plus plausible que l’inverse paraît au contraire improbable : comment croire que la traduction suivie du Dibbouk ait été menée par deux traducteurs distincts, l’un signant B. Wechsler et l’autre L. B. W. mis pour L. B. Wechsler ? De plus, l’abréviation « Wlr. » semble correspondre à « Wechsler », car si, certes, un certain docteur. I. Wetzler collabore aussi à Hasmonaea, il signe toujours avec son titre « Dr. ».

Enfin, quoique plus incertain, il n’est pas impossible que « F. » signant le dernier article soit mis pour Fundoianu même si ce n’est pas son habitude dans Hasmonaea, car personne d’autre ne correspond a priori à cette initiale dans ce numéro, tandis que Fondane a déjà signé certains de ces articles « F. » dans d’autres périodiques.20

Quant aux deux articles signés « M. » et « Magister », toute conjecture reste beaucoup plus hasardeuse. Derrière « M. », on pourrait éventuellement supposer l’initiale de « Mieluşon », surnom affectueux utilisé par Fondane et ses amis. Toutefois Magister n’est pas un pseudonyme identifié.21 Peut-être ne s’agit-il pas de Fondane, rien ne permet de lui attribuer avec certitude ces deux petits articles. Bornons-nous à remarquer la proximité thématique et physique de tous ces textes. Ils forment un ensemble dans lequel chacun s’inscrit dans un même contexte des plus tourmentés.

La lente lecture des textes et des contextes

Que disent ces textes et que donnent-ils à lire ? Le premier article, « Épilogues lugubres » est rédigé en italiques, c’est la marque d’une déclaration orale, d’un discours. Ce texte porte une vigoureuse attaque à l’encontre de la récupération politique des Juifs tombés au champ d’honneur pendant la Grande Guerre. Les tombes des Juifs mentionnées au début de l’article correspondent probablement au carré des héros de la Première Guerre mondiale du cimetière juif de Iaşi. Le Parti Paysan, fondé en décembre 1918 par Ion Mihalache, est né à la suite de la révolte paysanne roumaine de 1907 et de la revendication d’un partage des terres. Le parti populiste, qui défend un nationalisme mâtiné de socialisme, s’étend rapidement en Bessarabie, et progressivement dans la Grande Roumanie peu avant de fusionner avec le Parti Paysan de Transylvanie de Iuliu Maniu en 1926. Cette récupération politique s’avère particulièrement inique, car à l’époque, tandis que des soldats juifs se sacrifiaient sur le front, des émeutes antijuives avaient éclaté notamment à Braïla, avec des pillages des commerces juifs et la mise à sac de la synagogue de la ville, durant toute une semaine (du 11 au 18 novembre 1918), comme en témoigne le rapport commis par le commandant militaire de la ville, le major Tonciovici, ainsi que le rappelle Carol Iancu.22 De plus, nombre de Juifs ont été déclarés traîtres ou espions, prétextes à des exactions sur la population. Parmi une myriade de cas, citons celui du soldat juif Leopold Goldner, originaire de Iaşi, qui fut fait prisonnier par les Autrichiens, et qui, ayant réussi à s’évader et à regagner son poste, fut fusillé comme déserteur, car « un Juif n’est pas si bête pour s’évader ».23 Ou encore : « un autre soldat (Mayer Josef), du 67e régiment, se plaint au lieutenant Ion Popescu qu’il est journellement roué de coups par le sergent Nae Constantinescu. En réponse, ce lieutenant fait atteler le plaignant à une charrue, de pair avec un bœuf, le fait fouetter par le sergent contre lequel il avait porté plainte. Obligé ensuite de défiler devant la compagnie en tirant la charrue, le malheureux soldat tomba inanimé au deuxième jour. »24 Malgré l’engagement des Juifs dans l’armée roumaine et leur bravoure, statistiquement égale ou supérieure aux autres militaires roumains (et néanmoins interdits de décorations),25 Carol Iancu souligne la multitude des discriminations et mauvais traitements que leur font endurer impunément certains membres de l’armée roumaine. Entre autres injustices, l’historien mentionne diverses décisions de commissaires royaux des cours martiales, à l’instar de ce soldat juif condamné à mort pour abandon de poste, tandis que ses deux camarades non juifs ne reçoivent qu’une peine d’emprisonnement pour la même faute.26
Cet article dans Hasmonaea est publié peu avant la fête nationale des héros (25 mai), période de commémorations voire d’inaugurations ici ou là27 de monuments dédiés à la mémoire des soldats morts pour la patrie, aussi bien ceux engagés aux côtés de la triple entente, que ceux enrôlés dans les rangs de l’Autriche-Hongrie, et même concernant les victimes de la guerre Hungaro-roumaine de l’été 1919. L’auteur semble réagir à un discours politique pontifiant, qui applaudit les anciens combattants y compris juifs, sur le dos de victimes de l’antisémitisme qui sévissait dans l’armée – peut-être pourrait-il s’agir de la cérémonie le 12 mars 1922 à Bucarest (en l’honneur du rapatriement et de l’inhumation de soldats roumains morts, retrouvés en Moldavie, dont sept dépouilles de soldats juifs)28 ou d’une commémoration similaire.
Le second article, « Ceux qui sont tombés… “au combat” », signé B. W., se présente par son titre comme un détournement de la thématique du texte précédent, non sans une mordante ironie qui va plus loin que la première critique. Le texte s’ouvre par une reprise parodique d’un poème populaire du traditionnaliste Georges Coşbuc intitulé « Trois, Seigneur, tous les trois ».29 En réalité, Coşbuc aurait sciemment transposé – pour ne pas dire plagié – un poème de Karl Stieler.30 Mais là où Coşbuc évoque la mort de trois fils à la guerre, et le désarroi de leur père, l’article ironise sur trois figures des dernières élections de mars 1922. Non seulement l’article raille le recyclage des idées conservatrices et nationalistes de Iorga par le politicien Alexandru Constantin Cuza et de celles du nazisme qui ne cessent de s’étendre en Allemagne et dont l’activiste Zelea Codreanu s’inspire, mais en outre, il place sur le même plan – ce qui paraît totalement inattendu – Ely Bercovici, représentant d’un mouvement progressiste et social en Roumanie, président de la Communauté israélite de Bucarest. L’article se moque du jeune Codreanu, farouche militant xénophobe (et futur fondateur du mouvement d’extrême droite de la Garde de Fer) qui porte un prénom aux accents ukrainiens (c’est ce que suggère l’article), et du vétéran de l’antisémitisme roumain A. C. Cuza qui défend la culture authentique et les valeurs morales d’intégrité et de loyauté, mais s’est avéré lui-même accusé de plagiat.31 Mais que reprocher à Bercovici ? Sur fond de fortes aspirations sociales, ne semblerait-il pas faire malgré lui le lit des deux antisémitismes traditionnel et estudiantin ? Le contexte politique roumain est alors des plus houleux. D’un côté, se tient un retentissant procès de militants communistes au premier semestre 1922. Il n’est alors pas rare de voir des Juifs injustement accusés d’être des affidés du Parti communiste roumain (créé en 1921 et interdit dès 1924)32 ou des Soviets,33 au moment où la Russie bolchevique est en conflit avec la Roumanie, depuis le rattachement de la Bessarabie à la seconde. D’un autre côté, la Grande Roumanie est en pleine crise identitaire et en mal d’unité nationale face à ses différentes minorités. Les nationalismes s’exacerbent et le pays connaît une forte instabilité politique, comme en témoignent la volatilité des votes lors des élections des sénateurs, puis des députés en mars 1922, et la victoire du Parti National Libéral. Dans ce moment de tensions socio-culturelles et de confusion politique, l’article paraît ainsi dénoncer les dangers d’une collusion entre, d’une part, le populisme nationaliste et l’antisémitisme, et d’autre part, l’agitation sociale. Peut-être même une sorte de déculturation du judaïsme et de proximité avec le mythe antisémite de complot judéo-bolchevique, en pleine période d’élection, d’enjeux de pouvoir et d’avidités déçues qui s’attisent derechef.
Le troisième article, intitulé « L’industrie de l’antisémitisme » et signé « Wlr. », abréviation vraisemblable de Wechsler, se présente à son tour comme en écho avec l’article précédent, par ses références, sa thématique, son persifflage de plus en plus incisif jusqu’à éclater dans les dernières lignes. Le contexte est ici encore plus crucial : après avoir sévi plusieurs années à l’Université de Iaşi, le militant antijuif Codreanu s’impose progressivement sur la scène nationale comme l’un des chefs de file du mouvement antisémite auprès de la jeunesse et devient le président de l’Association des étudiants chrétiens (20 mai 1922). Cette même année 1922, A. C. Cuza, professeur de droit à l’Université de Iaşi également, est l’un des principaux fondateurs de l’Union nationale chrétienne, dont l’obsession est la « question juive ». A. C. Cuza devient le doctrinaire de l’éviction des Juifs et l’idéologue d’une pseudo « science de l’antisémitisme ».34 Mais ce troisième article ne se contente pas de dénoncer l’irrésistible attraction des masses orchestrée par les louangeurs de l’antisémitisme, tels des insectes mortellement attirés par « la flamme », il s’agit plus encore de fustiger la dérive extrémiste d’intellectuels, y compris au sein de la revue du même nom, Flacăra (importante revue littéraire éclectique où Fondane publiera quelques poèmes principalement de mai à novembre 1922), à l’exemple de certains de ses collaborateurs comme Nicu Porsenna ou de son directeur Al. Şerban, alias l’écrivain et ministre Constantin Banu, cités tous les deux dans ce troisième article. Après l’armée et la politique, voici que culturellement et socialement, avec les étudiants et les intellectuels, ce texte consacré à l’industrie de l’antisémitisme essaie d’éveiller la conscience de ses lecteurs sur les rouages fatidiques de la machinerie de l’antisémitisme avec une ironie toute fondanienne non moins qu’un sens clairvoyant du tragique qui se trame.

La lente lecture de l’inéluctable

Les trois articles qui nous paraissent avec assez de vraisemblance de la main de Fondane, pressentent, décryptent et dénoncent les premiers symptômes d’une montée de l’antisémitisme, non pas seulement parmi les conservateurs nationalistes traditionnels, mais aussi parmi la jeunesse estudiantine, et, surtout, parmi les lettrés. Il n’est pas étonnant que les agissements antisémites des étudiants de diverses universités aient connu une expansion accrue à partir de 1922, à l’instar d’événements survenus à Cluj auquel le troisième article fait allusion. C’est là qu’ont aussi sévi Codreanu et ses jeunes séides.
Ce diagnostic lucide survient dans le tumultueux moment charnière du printemps 1922 et anticipe l’apocalypse qui s’annonce immanquablement. Huit mois plus tard, un pogrom éclate à Cluj :

À Cluj, en novembre 1922, des étudiants chrétiens de la faculté de médecine battirent et expulsèrent leurs collègues juifs des cours. Leurs agressions s’étendirent à la ville : aux cris de « À bas les Juifs ! », « Les Juifs en Palestine ! », ils détruisirent et pillèrent des magasins juifs, brisèrent les vitres de maisons juives et molestèrent les résidents juifs. La maison des étudiants juifs et la rédaction du journal juif en langue hongroise Új Kelet (Le Nouvel Orient) furent dévastées, le fonds et les manuscrits du journal furent brûlés sur la place publique, et le mobilier et les caractères typographiques furent jetés dans le Someş.35

La tension entre étudiants roumains et juifs était à son climax, quand le 29 novembre 1922, l’Institut d’anatomie de la Faculté de médecine exposa le cadavre d’un Juif dans la salle de dissection, transgressant un interdit pour les Juifs orthodoxes. La violence se déchaîna alors.

En fait, le véritable objectif du mouvement qui a commencé dans la capitale de la Transylvanie et qui s’est rapidement étendu à d’autres centres universitaires du pays était la revendication de l’application du numerus clausus, afin de supprimer la concurrence juive dans la carrière médicale, ainsi que dans d’autres disciplines.36

Ce qu’il ressort de ces trois articles de Hasmonaea, c’est donc avant tout la clairvoyance devant les événements et devant la situation : dès le printemps 1922, ces textes ont annoncé l’ampleur d’une menace, plusieurs mois avant novembre 1922 et ce qui s’en suivra. Fondane aurait ainsi pris toute la mesure de la montée de l’antisémitisme, de ses figures intellectuelles aveugles ou complices et de ses leaders fanatiques, de la gangrène de la vie politique et des institutions avant de s’étendre à la jeunesse et bientôt au reste de la population. Au prisme de ces articles de Hasmonaea, c’est le vertige de la tragédie de l’histoire qui sous-tend la lecture des prémisses de la Shoah en Europe. Peu avant l’aventure bucarestoise d’Insula, à l’automne 1922, Fondane aurait lu ce qui se tramait, et aurait su identifier le danger que représente Codreanu, âgé seulement de 24 ans et encore guère connu, ébauche du phénomène gardiste.
Dans les trois autres articles de Hasmonaea signés M., Magister et F., et dont Fondane a probablement connaissance au moins comme lecteur à défaut d’en établir l’auteur, le premier est consacré à l’exil du docteur Brezis à Paris, contraint de fuir ses concitoyens antisémites (n’est-ce pas la décision et le chemin que prendra Fondane quelques mois plus tard ?) ; le second évoque la nouvelle vague de l’antisémitisme qui frappe le monde estudiantin (ce texte signé Magister, semble d’autant plus renvoyer à l’effroyable réalité universitaire) ; enfin, le dernier article s’émeut de la disparition du journal Lupta (La Lutte). Nous retrouvons la notion de lutte dans le titre du second article : « Ceux qui sont tombés… “au combat” », comme si un autre combat ne faisait pas moins rage, en guerroyant contre les injustices et la propagande antisémite.

Polynomie existentielle

Bien des zones d’ombre subsistent. Du moins, ces articles de Hasmonaea témoignent de l’angoissante menace de l’époque, ce qui aurait été perçu par Fondane. Rien ne contredit la possible attribution de ces articles à Fondane.
Dès lors, à quoi aboutit cette lecture des événements ? Comme il en va des promenades légères, il existe inversement des lectures lentes qui révèlent des pérégrinations vertigineuses et infernales. La lente lecture n’est pas qu’un exercice seulement livresque, elle prend un sens existentiel, quand il s’agit de lire le non sens de l’histoire et de la tragédie à venir. Ensuite, si la plume de Fondane se cache bien sous L. B. W., B. W. et Wlr., nous aurions ici un cas, assez unique, de démultiplication des pseudonymes dans un même ensemble d’articles. La dissimulation derrière les pseudonymes s’impose pour se protéger dans le climat violent de l’époque, et plus encore si l’on compte participer, comme Fondane de mai à novembre 1922, à l’équipe de la revue incriminée Flacăra, et que l’on entend dénoncer les dérives de certains de ses membres et fondateurs. Mais de surcroît, cet ensemble d’articles sous pseudonyme opère à la manière d’un kaléidoscope : comme une défragmentation des apparences illusoires que ne savent pas lire les contemporains et parfois collègues de Fondane. C’est une entreprise de mise en question d’une uniformisation mensongère, d’une idéologie qui ne cesse d’enfler. Briser les idoles meurtrières, tel est bien le geste de cette écriture. Il s’agit non plus seulement de démasquer les autres, mais de se masquer soi-même pour mieux lire à couvert la duplicité des autres face à l’imminence du tragique.
Nous ne saurions parler, comme chez Pessoa, d’hétéronomie parce qu’une personnalité, un style, une écriture n’apparaissent pas distinctement sous chaque signature. Au contraire, les textes de Hasmonaea semblent rebondir les uns sur les autres et réagir à une même situation. Et cette écriture ne s’apparente pas non plus à celle de Kierkegaard, car chez ce dernier, chaque pseudonyme engageait une dialectique du même et de l’autre (Climacus/Anticlimacus), dans la recherche d’une pensée du contradictoire, du paradoxe. Non seulement Fondane ne semble pas connaître Pessoa ou ne pas connaître encore Kierkegaard, mais en outre il manifesterait dans ces articles un usage spécifique des pseudonymes.
Wechsler s’est dédoublé (en Fundoianu, et en quelques autres, et peut-être aussi en L. B. W., en B. W., en Wlr.) pour crier plus fortement l’impossible que personne n’entend, que personne ne lit. Ainsi, l’œuvre de Fondane, avec potentiellement cet ensemble d’articles dans Hasmonaea, nous apparaît comme une « polynomie »37 existentielle, une expression multiple de la même situation limite, afin de dédoubler la duplicité des discours fallacieux et plus encore afin de redoubler de voix, dans la dénonciation de l’innommable qui se prépare.

Nous traduisons infra les trois textes qui nous paraissent potentiellement attribuables à Fondane.38
BENJAMIN FONDANE

Épilogues lugubres39

Sur les tombes des soldats juifs, morts pour la Grande Roumanie pendant la guerre, les partis politiques roumains ont édifié l’apogée de leur combat électoral.
C’est un spectacle tragique qui suscite, dans nos âmes, des douleurs sans fin. On sait qu’au milieu de la campagne électorale, depuis la tribune de la « Dacie », devant des milliers de citoyens de la capitale, un ancien commissaire royal auprès des cours martiales de Moldavie a déclaré que pendant la guerre, des « erreurs judiciaires » ont été commises en Moldavie, dont de nombreuses âmes juives innocentes ont été victimes.
Bien sûr, le témoignage sensationnel d’un major de réserve doublé d’un ancien commissaire royal ne pouvait rester sans commentaire.
En effet, des révélations encore plus terribles ont éclaté. Des publicistes célèbres, dont la parole pèse lourd dans la balance de la vérité, ont appuyé par leurs témoignages des affirmations riches en chiffres et en détails, présentées par une source officieuse d’un parti puissant et populaire comme le parti paysan.
C’est grave. À la douzième heure, les mots du crime sont prononcés. Oui. Des crimes ont été commis en Moldavie pendant la guerre par les autorités du pays, crimes qui sont restés impunis jusqu’à ce jour.
Et les victimes n’étaient, hélas, que des Juifs innocents.
Peut-être portaient-ils cette éternelle et tragique culpabilité, aujourd’hui banalisée, d’avoir été juifs.
Nous, qui sommes en cause, nous ne disons rien. Nous n’attendons ni verdicts ni sanctions. Nous n’en voulons même pas. Nous voulons une chose, cependant. Nous implorons même, les larmes aux yeux, les dirigeants de ce pays :
Laissez nos morts en paix. Ne déterrez pas nos morts. Dans leur éternel et beau silence, ils vous ont tous pardonné. Ils ont oublié les ordres confidentiels, la presse, ils ont oublié ces moments où le clairon sonnait l’attaque de manière stridente et longuement, ils ont tout oublié, absolument tout.
Ils sont morts visionnaires, ces héros sublimes, dans les premières tranchées, noyés dans leur propre sang et portant sur leurs lèvres, gelées par le souffle glacial de la mort, non pas les mots de malédiction, mais les merveilleux mots d’absolution. Ils vous ont pardonné, ils vous ont pardonné. Maîtres, laissez-les dans la paix d’une mort froide et impitoyable !

*

Ceux qui sont tombés… « au combat »40

Trois, Seigneur, et tous les trois, tombés… Les pauvres !
A. C. Cuza,41 Ely Bercovici42 et Zela Codreanu.43
Comme le destin est implacable, parfois ! Combien d’espoirs n’avaient-ils pas nourris ? Au Parlement, les trois auraient noué une sainte amitié. Peut-être un nouveau parti (antisémito-juif). Notre vie politique aurait pris un nouvel aspect et aurait peut-être été bouleversée.
Le sort, cependant, en a décidé autrement. Les électeurs – ingrats – qui n’ont pas apprécié les manifestes et les photos du sympathique M. Ely, et qui de plus avaient oublié qu’il existe encore dans le pays (outre les clowns du cirque Sidoli),44 MM. A. C. Cuza et Zelea-Zelinsky Codreanu. Tous les trois ont échoué aux élections. Nous sommes profondément impressionnés par ces échecs.
Cela prouve que le pays ne sait pas apprécier les talents et le travail honnête (non plagié, hélas, Dieu nous en garde !) que les trois (frères de croix) ont accompli pendant des décennies pour l’élévation intellectuelle (A. C. Cuza : La Population,45 grande œuvre plagiée à l’identique à partir de l’original) et économique (industrialisation et commercialisation du fil de fer barbelé avec le système Zelea Codreanu, breveté dans le pays) de la Roumanie.
Qu’est-ce que vous voulez, le pays a été ingrat !
Sic transit gloria mundi46

*

L’industrie de l’antisémitisme47

J’ai fait le calcul sommaire suivant.
Nous avons dans le pays un nombre de revues, plus littéraires les unes que les autres, auxquelles sont accrochées, comme chez certaines espèces d’insectes, une nuée de « lettrés » antisémites.
De plus, nous avons encore une multitude de politiques qui n’ont d’autre but dans le monde, hormis bien sûr la perpétuation de l’espèce, que de faire de l’antisémitisme. Enfin, c’est dans leurs gènes. Ne parlons plus des cohortes d’étudiants antisémites. (Voir le récent cas de Cluj). Je pense que si vous supprimez la possibilité de manifester leur antisémitisme chez ces gens, vous les condamneriez simplement à mourir... d’inanition. Ils n’auraient plus rien à manger, car, par une impulsion physiologique, chacun d’eux mange au moins un Juif par jour.
C’estpourquoi je considère que l’éradication de l’antisémitisme dans ce pays entraînerait une terrible perte de ce que l’on dénomme (pardonnez-moi l’expression) les forces soi-disant intellectuelles. Que deviendrait un A. C. Cuza, Zelea Codreanu, Gh. Ranetti,48 Al Cazaban,49 M. Sorbul,50 N. Porsenna,51 Tiţa Pavelescu,52 le général Presan,53 I. C. Visarion54(j’ai seulement cité des exemples d’élite) s’il n’y avait pas de Juifs dans ce pays.
Que pourraient-ils écrire pour la postérité ?
De quoi se nourriraient-ils ? Parce que nous ne pourrions leur infliger l’insulte de les soumettre à un régime végétarien-herbivore.
Mais pour prouver l’exactitude de mon calcul, je vais vous donner une nouvelle preuve. La flore antisémite s’enrichit. Un nouveau satellite est apparu au firmament de la doctrine antisémite. Il s’agit de M. Al. Şerban,55 l’admirable et vigoureux polémiste de la revue Flacăra56 [La Flamme] (quel pygmée nous paraît le célèbre Rochefort57 comparé à M. Şerban).
L’autre jour, il a commencé. Il a dressé le portrait du « banquier », une « figure omniprésente ». Après de longues recherches et études (auxquelles a collaboré le spécialiste de la circoncision Aron Bak),58 le nouvel antisémite a découvert que tous les banquiers du monde sont juifs et qu’en tant que Juifs, ils sont le ferment du désordre, de l’anarchie, de la terreur et même… (dans notre pays) du paysanisme.59 Cette découverte n’aurait rien de précieux en elle-même si elle n’avait pas été complétée, enrichie et révisée. M. Şerban a en outre découvert que les Juifs – en particulier ceux qui sont roumains – (il ne mentionne pas le banquier, le prétexte étant aussi intelligent que son auteur) ils rongent la générosité du pays par leur esprit de banquier », et « ils regardent les Roumains comme des ennemis ».
Alors, mon bonhomme, le sais-tu aujourd’hui ?
Oui, nous te haïssons, toi et tes camarades antisémites, parce que tu n’as rien fait dans ce pays, si ce n’est attiser la haine et l’inimitié, parce que tu n’as rien de noble dans ton âme abjecte, parce que tu es né dans la souillure du crime et que tu vis dans le bourbier de la haine. Oui, nous te haïssons, toi et tes antisémites, de la même passion ardente avec laquelle nous aimons les êtres honnêtes de ce pays ; nous te haïssons avec la même passion ardente avec laquelle nous nous sacrifierons toujours pour la justice des citoyens éclairés de ce pays.
Sur les tombes de nos chers morts, sur les tombes des héros roumains, des milliers et des milliers de personnes, quinous sont également chères, sache, vil écrivain dont l’âme bouillonne du venin de la haine, que les peuples roumain et juif se sont donné la main et ont fondu leurs âmes dans leur saint amour pour l’humanité et la justice.
Mais pourquoi te parler à toi d’amour ?
Tu ne connais que la haine. Je te laisse avec elle, pour qu’elle te dévore la conscience jusqu’à la fin.

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1 Jean Climaque, L’Échelle sainte, trad. Placide Deseille, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine, 1987, 13e degré, § 11, p. 149.

2 Benjamin Fondane, Baudelaire et l’expérience du gouffre, Paris, La Fabrique, 2021, chap. XXIX, p. 309.

3 Benjamin Fondane, Le Reniement de Pierre, in Poèmes d’autrefois suivis de Le Reniement de Pierre, trad. Odile Serre, Cognac, Le temps qu’il fait, 2010, p. 91.

4 André Gide, Prétextes, Paris, Mercure de France, 1903, « Lettres à Angèle », IV, p. 106.

5 Benjamin Fondane, « Le masque d’André Gide », in Images et livres de France, trad. Odile Serre, Paris, Paris-Méditerranée, 2002, p. 121 ; la publication originale (non identifiée jusqu’ici) semble être : B. Fundoianu, « Mediul la André Gide », Adevărul, 4 janvier 1921, p. 1-2, repris dans « Artistul şi mediul. Fragment dintr-un studiu despre André Gide », Rampa, V, 962, 6 janvier 1921, p. 3, et repris au sein d’un ensemble plus vaste, dans « Masca la André Gide » sans références dans Imagini şi Cărţi, éd. Vasile Teodorescu, Bucarest, Minerva, 1980, p. 71-73.

6 Friedrich Nietzsche, Aurore, « Avant-propos », § 5, in Œuvres, trad. Henri Albert, rev. Jean Lacoste, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 1993, t. I, p. 971. 

7 Léon Chestov, Sur la balance de Job. Pérégrinations à travers les âmes, trad. Boris de Schloezer, Paris, Le Bruit du Temps, 2016, p. 406-407. Cf. Geneviève Piron, Léon Chestov, philosophie du déracinement, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2010, p. 233-239.

8 André Gide, Nouveaux prétextes, Paris, Mercure de France, 1911, p. 67. En outre, dans son dialogue polémique avec Gourmont (bien qu’il recommande la lecture de ses Promenades), Émile Faguet avait justement intitulé : « Lire lentement » le chapitre qui inaugure L’Art de lire, Paris, Hachette, 1912, p. 1-3.

9 Remy de Gourmont, « La dissociation des idées », La culture des idées, Paris, Mercure de France, 1900.

10 Cf. Éric Freedman [et Remus Zastroiu], Bibliographie de l’œuvre de Benjamin Fondane, Paris, Non Lieu, 2009.

11 Cf. Anca Filipovici, « The Rise of Antisemitism in the Multiethnic Borderland of Bukovina: Student Movements and Interethnic Clashes at the University of Cernăuţi (1922-1938) », in Gaëlle Fisher and Caroline Mezger (dir.), The Holocaust in the borderlands: interethnic relations and the dynamics of violence in occupied Eastern Europe, Göttingen, Wallstein Verlag, 2019, p. 43.

12 Cf. Carol Iancu, L’Émancipation des Juifs de Roumanie (1913-1919), Montpellier, C. R. E. J. H., 1992, p. 143.

13 L. M. [L. A. Mizrahy], « Achad Haam în Palestina », Hasmonaea, IV, 10, mars 1922, p. 58.

14 Shalom An-Ski, « Dybuk », trad. B. Wechsler, Hasmonaea, V,1, juin 1922, p. 19-24 ; V, 2-3, juillet-août 1922, p. 52-57 ; V, 4, septembre 1922, p. 34-35 ; V, 5, octobre 1922, p. 27-31 ; V, 6, novembre 1922, p. 21-25 ; V, 7, décembre 1922, p. 18-21 (non répertorié jusqu’à présent) ; V, 8-9, janvier-février 1923, p. 37-41 ; V, 10, mars 1923, p. 30-32 ; V, 11, avril 1923, p. 18-20 ; V, 12, mai 1923, p. 20-22 ; VI, 1, juin 1923, p. 16-20 ; VI, 1, juillet-août 1923, p. 30-35 (non répertorié jusqu’à présent). Pour une étude, cf. Agnès Lhermitte, « Fondane et le Dibbouk », Cahiers Benjamin Fondane, n° 28, 2025, p. 131-133 ; concernant la bibliographie de Fondane, cf. Éric Freedman [et Remus Zastroiu], Bibliographie de l’œuvre de Benjamin Fondane, op. cit., p. 49-54.

15 Chaim N. Bialik, « Lumină », trad. B. Wechsler, Hasmonaea, V, 8-9, janvier-février 1923, p. 22.

16 Par exemple, cf. B. Wechsler, « Hedad Hasmonaea », Hasmonaea, VII, 1, juin 1924, p. 1-2 ; We., « Reflexii », Hasmonaea, VI, 11, avril 1924, p. 36-37.

17 L. B. Wechsler, « Priviri retrospective cu prilejul unui început de seziune », Hasmonaea, VII, 5, octobre 1924, p. 34-36 (article non répertorié jusqu’à aujourd’hui).

18 Cf. Ivan Goll, « Noemi », trad. L. Bernhard Wechsler, Hasmonaea, IV, 8-9, janvier-février, 1922, p. 26.

19 Sur les « dialogues secrets » entre Goll et Fondane, cf. Gisèle Vanhèse, « Deux frères de lait noir : Benjamin Fondane et Yvan Goll », Cahiers Benjamin Fondane, n° 18, p. 125-139.

20 Cf. par exemple : F., « Meseriaşul Vermont », Cuvîntul liber, I, 18, 21 décembre 1919, p. 6.

21 Aucune information ne se trouve à ce sujet dans Mihail Straje, Dicţionar de pseudonime, alonime, anagrame, asteronime, criptonime ale scriitorilor şi publiciştilor români, Bucarest, Minerva, 1978.

22 Carol Iancu, L’Émancipation des Juifs de Roumanie (1913-1919), op. cit., p. 114 ; Carol Iancu, « Les Juifs de Roumanie pendant la Grande Guerre », Tsafon, n° 7, 2014, p. 107.

23 Carol Iancu, L’Émancipation des Juifs de Roumanie (1913-1919), op. cit., p. 114.

24 Ibid., p. 115.

25 Ibid., p. 117-121.

26 Ibid., p. 114.

27 Entre autres exemples, cf. l’inauguration du monument des héros de la petite commune de Ighiu, relatée dans la presse de l’époque, notamment dans s. n., « Dare de seamă », Cultul Eroilor Noştri, III, n° 6, 1922, p. 18, et cf. Mihaela Grancea et Valeria Soroştineanu, « Le Culte des héros de la Grande Guerre dans la Roumanie de l’entre-deux-guerres. Quelques représentations et appréciations faisant référence aux monuments commémoratifs érigés en Transylvanie », Transylvanian Review, XXXI, octobre 1922, p. 109-130.

28 S. n., « Eroii Resipiţi » [« Héros dispersés »], Libertatea, 28 mars 1922, p. 2.

29 Georges Coşbuc, « Trei, Doamne, şi toţi trei » (1891), in Opere Alese, Bucarest, Editura pentru literatură, 1966, p. 63-65.

30 Cf. Eugen Lovinescu, « Coşbuc: Trei, Doamne, şi toţi trei (Fragment dintr’o Revizuire) », Sburătorul, I, 1, 1919, p. 15-18.

31 Sur la polémique autour du plagiat de A. C. Cuza, cf. Corneliu Ciucanu, « A. C. Cuza şi acuzaţia de plagiat », Revista de istorie « Vasile Conta », Târgu-Neamţ, vol. V, n° 2, décembre 2023, p. 55-61.

32 Cf. Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Paris, Fayard, 2014, p. 289. 

33 C’est en particulier le cas de Codreanu, cf. ibid., p. 273.

34 A. C. Cuza, « Ştiinţa antisemitismului », Apărarea Naţională, 16, 15 novembre 1922, p. 23-24.

35 Lucian Nastasă, Antisemitismul universitar în România (1919-1939): mărturii documentare, Cluj-Napoca, Editura Institutului pentru Studierea Problemelor Minorităţilor Naţionale : Kriterion, 2011, p. 9 (nous traduisons).

36 Ibid., p. 10.

37 Nous reprenons à Michel Cornu sa notion de polynomie, même si nous divergeons de sa critique de Fondane dans son analyse de Kierkegaard, cf. Michel Cornu, Kierkegaard et la communication de l’existence, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1972, p. 182-183.

38Nous remercions Marilena Vlad pour sa relecture de l’ensemble des traductions roumaines et pour ses suggestions.

39 L. B. W., « Epiloguri lugubre » [« Épilogues lugubres »], Hasmonaea, V,1, juin 1922, p. 59-60.

40 B. W., « Cei cari au căzut… “în luptă” » [« Ceux qui sont tombés… “au combat” »], Hasmonaea, V,1, juin 1922, p. 60.

41 Alexandru C. Cuza (1857-1947), économiste et politicien réactionnaire, militant antisémite, oncle d’Alexandru Ioan Cuza. Compagnon de route de Iorga, il fonde en 1922 son propre mouvement : l’Union nationale chrétienne, lequel, axé sur le rejet des Juifs, prend pour emblème un symbole allemand tristement en vogue : la croix gammée.

42 Ely Bercovici (1864-1933), représentant d’un mouvement juif social non sioniste.

43 Corneliu Zelea Codreanu (1899-1938), activiste politique, ultranationaliste, fondateur du mouvement antisémite et fasciste de la garde de fer.

44 Le plus célèbre cirque de Roumanie, le premier établissement professionnel du genre, fondé en 1874 à Bucarest.

45 A. C. Cuza rédigea une thèse de doctorat (Despre poporaţie), qui critiquait notamment la croissance démographique des Juifs. L’accusation de plagiat provient de Emanuel Socol, Plagiatul Domnului A. C. Cuza, Bucarest, Editura revistei « Flaca », 1911 puis de Constantin Graur, « D. N. Iorga mărturiseşte că d. A. C. Cuza a plagiat “Poporaţia” », Flaca, III, 15, 1912, p. 288-289.

46 « Ainsi passe la gloire du monde », citation de Thomas a Kempis, Imitation de Jésus Christ (I, chap. III, 6), une manière de dire que tout passe et que tout est vanité, comme dans L’Ecclésiaste.

47 Wlr., « Industria antisemitismului » [« L’industrie de l’antisémitisme »], Hasmonaea, V,1, juin 1922, p. 60-62.

48 George ou Gheorghe Ranetti (1875-1928), publiciste, écrivain et traducteur, partisan du Poporanisme (mouvement culturel et politique roumain qui s’est surtout développé après la révolte paysanne de 1907 et qui revendique des réformes sociales et un traditionalisme rural), directeur du journal Furnica (La Fourmi), il est un critique de la francisation de la culture roumaine.

49 Alexandru Cazaban (1872-1966), écrivain et publiciste.

50 Mihail Sorbul (1885-1966), écrivain et dramaturge.

51 Nicu Porsenna (1892-1971), écrivain, publiciste et collaborateur de la revue Flacăra, homme politique conservateur qui s’engage à l’extrême-droite en 1922 et sympathisera ensuite avec la Garde de fer.

52 Marraine de Codreanu, nationaliste foncière.

53 Constantin Presan ou Prezan (1861-1943), héros de la Première Guerre mondiale, il fut le chef de l’État-major roumain de 1916 à 1920. Son apprécié aide de camp, Ion Antonescu, devint maréchal de Roumanie et dirigea un gouvernement allié de l’Allemagne hitlérienne pendant la Seconde Guerre mondiale.

54 Iancu Constantin Vissarion (1879-1951), écrivain, protagoniste des insurrections paysannes de 1907, ami de Galaction et d’Arghezi, il a le soutien à la fois des symbolistes en littérature et des socialistes en politique, jusqu’à ce que Panaït Istrati dénonce son inauthenticité, et le considère comme un traditionalisme infiltré, voire apparenté au mouvement Sămănătorul (traditionalisme réactionnaire).

55 Revue littéraire éclectique dirigée par Constantin Banu, rivale de la revue Flaca de Tudor Arghezi.

56 Al. Şerban, pseudonyme de Constantin Banu (1873-1940), homme politique, ministre des arts et des affaires religieuses en 1922-1923, et homme de lettres, fondateur de la revue Flacăra où il est très actif en 1921-1923. Cf. Mihail Straje, Dicţionar de pseudonime, alonime, anagrame, asteronime, criptonime ale scriitorilor şi publiciştilor români, op. cit., p. 47-48.

57 S’agirait-il d’une allusion ironique au célèbre et athlétique acteur français de l’époque, Charles de Rochefort (1887-1952), qui notamment peinait (avec ses 1,82m) à doubler Max Linder (1,53m) ?

58 Aron Back (1878-1949), rabbin à Bucarest. Faute d’informations, nous ne pouvons préciser son rôle. Aurait-il apporté sa caution à certains partis politiques ?

59 Le Ţărănism est un courant idéologique qui mêle traditionalisme paysan et revendication sociale.